Du court au long-métrage, quand la passion du cinéma rejoint celle du vivant
Nous connaissons tous Nathalie Lay, du Caméra Club Bressan. Elle avait réalisé « La ferme d’Émilie », Prix spécial du jury à Soulac en 2019, ainsi que « La ferme de Sophie », grand prix de la ville de Soulac en 2023.
Ce vendredi 7 novembre 2025, « Droits dans leurs bottes », son premier long-métrage, a été projeté en avant-première au cinéma Pathé, à Mâcon, en présence de l’équipe technique et de tous les protagonistes du film. La grande salle du multiplex était complète, soit 413 places.
La défense d’un élevage respectueux des animaux est un combat que Nathalie mène depuis de nombreuses années. Coordinatrice bénévole chez « Élevons-nous » depuis 2018, elle a aussi été engagée jusqu’en 2023 avec « Le bœuf étique » pour mettre en place des abattoirs mobiles intervenant directement dans les fermes.
Son film est l’aboutissement de 2 ans de travail. 35 pages de dossier, 60 heures de rushes pour un métrage d’1 h 25, 60 000 € de budget (financement participatif), pour aboutir à un métrage de 3 heures qu’il a fallu réduire avec Yanick Coutheron, monteur et réalisateur confirmé.
« Droits dans leurs bottes » est structuré en cinq chapitres, chacun d’eux présentant une exploitation agricole différente :
– « Au cœur de la Ferme », chèvres + abeilles, à Saint-Vincent-en-Bresse ;
– « Ferme de la Creusotte », 80 truies, en Côte d’Or ;
– « La Gauloise Noire », 1500 poules, 500 cailles, en Saône-et-Loire ;
– « La ferme de Sophie », 45 vaches, en Saône-et-Loire ;
– « La ferme de l’Ardoise », 150 brebis, dans le Loir-et-Cher.
Le lien entre chaque chapitre est établi par Jocelyne Porcher, désormais à la retraite, anciennement zootechnicienne et sociologue de l’élevage à l’INRAE (Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement) ainsi que directrice de recherche, après avoir été elle-même éleveuse de brebis.
Il met ainsi en valeur la richesse du lien entre l’homme et les animaux de la ferme. Pour Jocelyne c’est un « film honnête, non pas idyllique, mais réaliste, qui montre le mal que se donnent les éleveurs pour faire de bons produits ». Elle ajoute : « face à l’agriculture industrielle, il est presque trop tard, et ces éleveurs sont les derniers résistants ».
On pourrait penser aux documentaires de Depardon. La proximité avec les personnages est conservée, mais avec un montage plus nerveux. On pourrait qualifier les images, tournées par Guillaume la Rocca, de « chaleureuses » en ce sens qu’elles concourent à mettre en valeur ce lien entre l’animal, la nature et l’homme. Les nombreux plans rapprochés donnent à voir la texture de la peau, les yeux ou le museau des animaux, les poussières qui dansent dans la lumière filtrante d’une étable, les brins d’herbes mûrs et secs au vent, le brouillard sur la campagne au petit matin.
Cette proximité de l’image sur son sujet permet au spectateur d’apprécier cette « pâte » du vivant.
Car ces éleveurs, ce sont tout d’abord des prénoms : Margaux, Paul, Alexia, Jérémy, Sophie, Céline… qui nous partagent leur passion, leur travail, leurs doutes, leurs échecs, leurs victoires, et qui témoignent de leur humanité et du courage de leur engagement, celui d’avoir choisi la joie plutôt que la laideur et le malheur.
Pour la chargée de production Ciné Ressources 71, si le documentaire fait passer un message, il est aussi un lien, une occasion de rencontres. Il s’agit à présent « de le diffuser en tant qu’association, professeur, restaurateur, élu, éleveur ou simple citoyen ».
Éric Chamboredon
Photo de droite, « La réalisatrice du documentaire accompagnée du monteur et de la chargée de production Ciné-Ressources 71 a utilisé la fameuse technique des post-it, une méthode qui offre une vision globale et flexible de la structure du récit.
Chaque post-it représente une séquence, une idée ou un thème du documentaire. Cette technique permet d’avoir une vue d’ensemble du film en construction, de faire des essais pour intervertir les scènes afin de tester différentes structures narratives. Enfin, cela permet de repérer rapidement un déséquilibre ou une redondance dans le récit. »
